Chagrin d'école...

Que les choses soient claires. Que l'on ne me demande pas d’être objectif quand je parle de Pennac ! Vous voilà prévenus !
Donc, samedi, Ptite cousine ne trouva rien de mieux que de m’offrir le dernier Pennac : “ Chagrin d'école “, m’obligeant de fait à abandonner, momentanément, ma lecture en cours ; “ Les cerfs-volants de Kaboul” de Khaled Hosseini (excellent au demeurant). Un Pennac dans mes mains, ne souffre pas l’attente. Je ne l’avais pas acheté, pensant le recevoir en triple ou quadruple exemplaire à l’occasion des festivités de Noël. L'on connaît bien son monde par chez nous. Alors, vous voilas au courant, c’est déjà fait, inutile de dépenser vos sous en pure perte. Par contre, pour rester dans le domaine littéraire, je n’ai strictement rien contre le Camus dans la collection de la Pleïade, ou encore d’un magnifique stylo-plume Mont-Blanc... Ben quoi, qui ne tente rien, n’a rien ;-) . Trêve de digression, et revenons au sujet.

Si j’aime bien m’immerger dans les livres que je lis, je n’ai pas l’habitude que l’on parle de moi dans ces derniers. De celui que je suis, ou plutôt de celui que j’étais il y a bien longtemps. Sensation étrange, que de se reconnaître dans les sentiments, les faits et gestes du sujet principal ! Le cancre ! Celui, qui, en général, est raillé, moqué, caricaturé et comparé, à son seul, et unique tord, au phénix de nos classes : les bons élèves. Le cancre, celui que des générations de profs, de conseillers pédagogiques et autres géniteurs de parfaits génies, ne cessent, au mieux, d’oublier au fond de la classe, et au pire, de l’enfoncer plus bas que terre.

Issue d’une fratrie de 4 (tiens comme Pennac), aucun de nous n’aurait jamais dû passer le cap de la troisième pour les meilleurs, ou de la cinquième pour mon propre cas, s’il n’y avait pas eu l’acharnement parental (et les moyens qui vont avec !) à briser les sacro-saintes barrières de l’orientation scolaire " c'est pour son bien ! ". Au final, l’on compte quand même un médecin et un instit, qui, à une époque, étaient donnés pour définitivement perdus aux yeux de l’institution scolaire. Heureusement, dans ce mammouth, l’on trouve aussi nombre de dévoués aux causes perdues. Daniel Pennac en fait partis.

Vous l’aurez compris, je garde de cette époque une certaine rancune, que ce livre vient de réveiller.

Tout d’abord, voici celui, devenus prof, écrivain dont les textes sont étudiés en classe, certainement montré en exemple à certains, nous fait un aveu : Il n’y a pas eu pire cancre que lui!
Et le voilà qui raconte ce qui se passe dans la tête d’un cancre. Il le fait remonter à la surface, et, improvise un dialogue avec lui, sur le ressenti de ce dernier, sur le manque de confiance associé, sur le désespoir. Car un cancre est nul, et il le sait, un cancre est irrécupérable, on le lui a assez dit, et il le croit. Et moi, dans ma tête, revoyant surgir des sentiments de mal-être, de mal-aimé vieux de plus de 25 ans. Bon Dieu, mais c’est bien sûr ! Rien à voir avec les livres de pseudo-psycho pédagogie à la mode aujourd’hui et qui font la fortune de leurs auteurs. Non simplement, les faits, rien que les faits où se mélangent autobiographie et réflexion pédagogique du professeur qu’il fut par la suite et qui n’a pas oublié. Réflexions sur les élèves d'hier et d’aujourd’hui, sur la société moderne et les outils de communication, sur l’éducation nationale, ses devoirs et ses manquements, sur les profs et leurs formations, leurs abnégations ou leurs désinvoltures. Bref, sur l’école de nos jours, vue à la sauce Pennac et dans la droite lignée de “Comme un roman”.
Comme il le dit lui même, c’est un livre sur, je cite : “ la douleur partagée du cancre, des parents et des professeurs, l’interaction de ces chagrins d’école”.

Que vous soyez prof ou parent d’élève, cancre ou premier de la classe. Que vous soyez impliqué de quelques manières que ce soit dans le domaine de l’éducation, je ne saurais trop vous conseiller de lire ce livre. Certes, il risque de faire grincer quelques dents chez les plus psychorigides protecteurs des dogmes de l’enseignement, comme l’avait fait à son époque “Comme un roman”, mais n’est-ce point le prix à payer pour faire avancer les choses ?

Je doute fort que Daniel Pennac lise un jour ce billet, mais j’ai une chose à lui dire.
Merci.
Vous avez été pour moi, un de ces enseignants, rencontrés durant ma longue carrière de cancre, et que vous appelez “professeur sauveur”...
Vous n’avez aucun souvenir des noms de vos élèves ?
Rappelez-vous, cet élève de de première, à qui vous confiâtes, insigne honneur, votre nièce dans vos cours du samedi matin afin qu’elle ne sente pas perdus dans une classe qui n’était pas la sienne. Cet élève, qui au dernier cours de français de sa scolarité, en terminal, vous fit, timidement, cadeau du livre qui l’avait tant marqué dans cette dernière année de son adolescence ; “Océan” de Yves Simon.
Cet élève, c’était moi...




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