Le cadeau (3)

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Pour que le tableau soit complet, il me faut bien vous parler de mon père. Adémar. Tout un poème que cet homme-là.

À la différence de Mère, il n’avait jamais eu à se poser de question existentielle quant à son devenir. Celui-ci était tout tracé dès le premier jour de sa conception. Il serait notaire. Chez les « de la Garçonnière », on était notaire de grand-père en petit-fils, et ce, depuis six générations. Il n’y avait donc pas de raison que cela change. L’étude familiale lui revenait de droit. Ce potentat était bien plus sûr pour la grandeur de la famille, que le titre de Baron savamment négocié quelque siècle auparavant, et que la révolution de 1789 avait mis à mal. Seule ma mère tenta bien de le remettre au goût du jour, mais sans trop de succès !
Adémar était un enfant rêveur, mais studieux. Il n’aspirait qu’à sa tranquillité et avait horreur des problèmes et autres conflits. Très vite il comprit que s’il faisait ce qu’on attendait de lui, on le laisserait en paix. Il fut donc un enfant modèle, gentil et serviable. Il fut premier de sa classe du début à la fin sa scolarité. Et s’il faisait le bonheur des siens, il fit des envieux chez pas mal d’autres parents.
Sa seule marque de rébellion à l’adolescence ? De beaux cheveux longs. Si la chose ne fut pas facilement acceptée par sa mère, son père était plus philosophe et décréta qu’il fallait bien que jeunesse se passe, et que lui aussi, au même âge, refusa brusquement de porter cravate au dîner du soir ! Autre temps, autres mœurs !

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