T'as pas du Bio…

Histoire de conjurer le sort des nuages volcanique, et de faire quelques incantations au Dieu N'avion que je suis censé prendre demain matin, j'ai été faire quelques courses de dernière minute…

Dans un magasin que j'ai toujours connu, ici, dans ma bonne ville. Je suppose que quand j'étais gamin, ce devait être les parents des actuels propriétaires qui tenaient la chose. Il s'agit d'une bonne vieille quincaillerie, un bazar, une boutique où l'on trouve de tout, de l'ampoule à la cocotte-minute, de la toile cirée aux savons de Marseille, du papier d'Arménie au cadenas à numéros. Tout ce bric-à-brac bien difficile à trouver de nos jours sans prendre la voiture pour aller dans des grands magasins spécialisés en périphérie des villes…

Ici, tout est encore d'époque, boutique grande et sombre où l'objet le plus utilitaire côtoie un machin improbable. Les rayonnages sont en bois, comme les tiroirs, de ceux qui ont vu passer plusieurs générations, et cette odeur, inimitable, tellement agréable, mélange de savon, d'encens, de cire à parquet… Tout me rappelle l'époque où l'on achetait clous et vis aux kilos !

Elle, elle fait partie de ces personnages que vous ne connaissez pas, mais que vous avez toujours vus dans votre ville. Depuis tout gamin, elle fait partie du mobilier urbain. Grande, elle était blonde aux cheveux longs; ils sont blancs maintenant. Grande et large. Pas grosse, non, juste large, mastoc, charpentée. Je ne peux pas lui donner d'âge, c'est comme cela…

Et donc, elle attendait son tour, parce que ce bazar, il est toujours plein !

C'est maintenant, elle s'approche de la vendeuse, un petit sac papier à la main, le genre que l'on vous donne pour un produit qui se veut un peu de luxe:

— Bonjours, voila je vais être grande mère un peu tardivement, mais bon… Alors, j'ai tricoté une petite layette pour le bébé. Elle sort alors de son petit sac un mignon petit body bleu, finement tricoté d'une main experte dont l'on devine l'habitude de manier les aiguilles.

— Voilà, ma fille veut d'abord que je la lave, avec de la lessive bio, parce qu'elle m'a dit que la laine passait par les usines et tous et toutes, alors… Vous avez cela, vous, de la lessive bio ?

De la lessive il y en avait plein, mais aucun portant le logo bio ! et puis devant l'air navré de la dame, j'ai osé lui faire remarquer qu'elle avait du savon de Marseille, du vrai, en dur et en liquide. Et que même il y avait bien précisé sur l'étiquette qu'il n'y avait pas de colorant, de glycérine, de parfum, d'agent de saveur (?), et puis si même le vrai savon de Marseille n'est pas bio !

— Ah ? Ben oui le savon de Marseille je connais bien, bon je vais le prendre alors… Elle paraissait heureuse de son achat, puis se retournant vers moi:  «et vous, vous croyez vraiment que cela changera quelques choses à la layette de la laver comme cela plutôt qu'avec ma lessive ? » devant mon petit sourire elle répondit elle-même, « oui, c'est aussi ce que je pense, mais si c'est qu'elle veut… » puis se retournant vers la vendeuse, « J'ai mal aux genoux, il va faire chaud demain très chaud, un gros changement de température, je suis un vrai baromètre vivant ! » et la dame est ressortie…

Je n'ai pas pu m'empêcher, mentalement, de souhaiter bon courage au futur bébé…

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